Extrait Prabhã Calderón

Prabhã Calderón

photo-profil-prabha

Extrait du livre téléchargeable TEMOIGNAGES CONTEMPORAINS SUR L’EVEIL:

« À qui arrive l’idée de la quête spirituelle ?
Dans mes souvenirs, cette idée est arrivée d’abord à la petite fille que j’étais. Cette petite fille voulait devenir médecin du corps et de l’esprit, elle voulait aimer et être aimée, elle voulait devenir quelqu’un pour sentir qu’elle valait quelque chose… Devenue adolescente, elle regardait avec espoir la photo du grand sage Ramana Maharshi sur la couverture du livre d’Arthur Osborne. L’idée lui est venue d’aller un jour en Inde pour se trouver dans le lieu ou a vécu Ramana Maharshi, dans le but de trouver l’âme du maître, de trouver le sens de sa vie, de trouver l’amour, de renaître… Cette quête spirituelle, qui était plutôt une quête de réparation, émergeait de son doute ontologique, de sa sensation effrayante d’être anéantie, d’être différente des autres, d’être seule dans un monde insécurisant… Son sens de moi, anéanti, s’était construit au sein d’un système familial terriblement dysfonctionnel, patriarcal et autoritaire, où les désirs, les besoins, les émotions des enfants n’étaient pas reconnues. Ces derniers, n’avaient pas le droit à la parole. Toute la fratrie vivait dans la peur, dans la honte, dans la culpabilité et dans la soumission. Mon ventre était chroniquement contracté, si intensément, que je pouvais sentir « une pierre » au fond de celui-ci. De plus j’avais la respiration courte.
Nisargadatta Maharaj déclare dans la livre « THE ULTIMATE MEDICINE », (édité en anglais et traduit comme LA GUERRISON ULTIME), page 60 : – La souffrance commence dans l’enfance. Si quelqu’un n’avait jamais fait l’expérience de l’enfance, aurait-il eu l’expérience de la souffrance ? Cependant, cette enfance est aussi un concept, une idée. Si tu réalises ceci, tu transcenderas définitivement tous les autres concepts. Au cours de l’enfance s’est créée la notion de « mon existence ». Préalablement à cela, tu n’as aucune conscience d’être « toi ». Ma déclaration et celle de mon gourou, est que l’enfance n’est qu’une expérience frauduleuse. « La connaissance d’être toi » est une auto-duperie. Quand le « je » émerge, apparaît aussi l’amour pour sa survie et son existence. Cela est « maya » (l’illusion).
Quelle clarté ! « Je » voulais « me guérir » de « ma souffrance » et de cette contraction.
« Je » voulais « guérir » les autres pour soigner « ma » propre souffrance provenant de l’enfance, sans me rendre compte que la « conscience limitée » de « mon sens de moi », confirmait « le moi souffrant et coupable » que je « croyais être ». Les études de médecine, psychiatrie, thérapie bioénergétique, hypnose thérapeutique, sophrologie et les pratiques de chamanisme, yoga, méditation et tutti quanti, ont confirmé que j’étais celle qui devait devenir quelqu’un. Je vivais dans une souffrance terrible, manifestée dans le corps et aucun médecin, thérapeute ou gourou expliquait clairement que le « moi souffrant » confirme « son existence séparée » d’Être, par « l’observation de lui-même » et par sa propre « quête de réparation ».
À 25 ans, j’ai commencé à voyager pour aller à la « rencontre d’hommes et de femmes remarquables » comme le proposait le livre de George Ivanovitch Gurdjieff.
Par exemple, j’ai visité le maître Swami Muktananda à Ganeshpuri et passé de longues périodes dans son ashram pour pratiquer le yoga et la méditation. Il m’a introduit aux concepts qui me semblaient d’autant plus élevés qu’ils étaient compliqués, comme Jñāna Bandhaha, ( du Sanskrit : la connaissance limité est l’esclavage) et Drishti-Srishti-Vâda. Muktananda racontait de fabuleuses histoires comme celle du petit lion qui, élevé par un fermier parmi les ânes, avait cru être l’un d’entre eux, jusqu’au moment où un vieux lion l’a réveillé à sa propre nature en lui montrant son image dans une flaque d’eau et en lui donnant de la viande à manger. Swami Muktananda proposait de nous réveiller, de nous libérer de notre ego par la pratique de la méditation, par le Siddha yoga et le Jñāna-yoga. Au cours de ces pratiques, mon « je », vivait des extases et le ventre se relaxait. Cependant, en dehors de l’ashram, la contraction revenait et la pierre dans le ventre réapparaissait.
Par les rencontres avec diverses maîtres, j’ai commencé à « comprendre » ce qu’est l’ego :
– L’ego est une auto-contraction manifestée dans la ligne frontale du corps.
– L’ego est l’illusion de séparation d’avec tout, y compris d’avec Être.
– L’ego est une boucle autoréférentielle qui ne regarde que soi-même.
– L’ego est l’activité de la quête spirituelle ou matérielle, pour « devenir quelqu’un ».
– L’ego utilise les pratiques et enseignements de thérapeutes et Maîtres spirituels, pour confirmer son existence séparée d’avec Être.
La quête insatiable de « mon ego », a attiré sa propre défaite.
Cela s’est passé des années plus tard, à l’âge de 43 ans, quand j’ai dû m’avouer à moi-même que je m’auto-dupais. Par cette quête illusoire, je n’avais strictement rien obtenu. Je me trouvais sans famille, sans couple, sans foyer, sans vie professionnelle satisfaisante ; je n’avais obtenu ni la délivrance, ni l’illumination, ni la sagesse… J’étais profondément déprimée. C’est à ce moment-là, que j’ai fait la rencontre du docteur Stephen Wolinsky, qui m’a proposé de regarder de près, les mécanismes de survie de mon sens de « moi » et toutes ses croyances.

…….Par la pratique de la déconstruction, je constatais progressivement que toute définition de soi, élevée ou pas, n’ajoute rien et ne retire rien à Être. La fin de « ma » quête spirituelle est arrivée. Le « questionnant » disparaissait, permettant à la spontanéité et l’autonomie de s’exprimer librement. Le doute ontologique s’est dissout. Le rêve de l’éveil est disparu, ainsi que les transes hypnotiques identitaires. La contraction du ventre s’est relaxée et j’ai ressenti la joie simple, sans conditions, même dans l’adversité. La réalisation qu’il n’y a pas de conditions pour Être, s’est établie. Le constat « Non Duel » est devenu une évidence. Ce qui EST, nous ne pouvons pas, ne pas l’être. »