Extrait Patrick Vigneau

Patrick Vigneau

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Extrait du livre téléchargeable TEMOIGNAGES CONTEMPORAINS SUR L’EVEIL:

« C’était en 2004, je crois, je n’ai plus la mémoire précise des années, non que ce corps soit très vieux mais la conscience du temps n’est plus attachée à des dates. Cela faisait plus de 30 ans que j’étais engagé dans une sadhana sérieuse. Toute ma vie était basée sur la quête spirituelle. Je ne cherchais pas l’Eveil, cela me semblait si lointain. Non, je cherchais la paix qui demeure, la paix stable. Car j’avais déjà goûté à cette paix très profonde qui dépassait tout dans un silence de plénitude. Mais cela n’avait pas duré et Maa m’avait dit que je pourrais le ressentir tout le temps en accomplissant la sadhana. J’avais déjà bien avancé dans une réelle pacification mentale. Lorsqu’ arriva dans ma vie un événement qui me déstabilisa de façon intense. Cela me surprit d’être autant bousculé. Je me suis senti tout à coup comme un enfant fragile et sans assurance, cela m’étonna à un point extrême. Après ce grand trouble, il y a eu une sorte de révolte intérieure. Un questionnement vital m’habitait. Maa n’était plus là pour répondre à mes questions, il fallait que j’aille chercher au fond de moi ! Je décidais spontanément de plonger dans une intense retraite méditative. Il fallait que je sache vraiment pourquoi, pourquoi cette vie, pourquoi la souffrance, pourquoi Dieu semble-t-il absent parfois ? Il me semblait qu’il manquait quelque chose. J’avais tant médité, tant prié, tant respecté les principes spirituels et je me retrouvais encore complétement ébranlé ! Non que je doutais, mais je sentais en mon être qu’il manquait quelque chose. La joie sublime que j’avais plusieurs fois connue n’était pas restée. Je me retrouvais à nouveau en souffrance. Cela ne fut pas prémédité, ni préparé, cela jaillit comme une évidence, sinon c’était insupportable. Il fallait que je sache, que je connaisse, que je découvre la Vérité. Ce fut comme un appel pressant (je le comprends ainsi avec du recul mais sur le moment, cela m’emporta sans que je réfléchisse). Je me suis souvenu alors de Ramakrishna qui disait que si l’on aspirait à Dieu pendant trois jours, avec la même intensité que l’on aspire à respirer quand on nous maintient la tête sous l’eau, on réaliserait Dieu assurément. Cette parole était restée dans mon esprit depuis tant d’années, comme une énigme qui m’appelait : était-ce vrai ou était-ce une image ?. Et j’avais le souvenir du Bouddha qui décide de s’assoir sous l’arbre pour méditer jusqu’à ce qu’il atteigne la compréhension du moyen de guérir la souffrance ! Sans hésiter, trop avide d’une réponse, je décidai de passer cinq jours en méditation profonde pour savoir. Je sentais l’aspiration intense en moi, (je me donnais quand même deux jours de plus que ce que Ramakrishna « préconisait »).
J’avais besoin de savoir, et c’était intense. J’avais besoin de voir, de toucher la réalité divine. Je me suis organisé pour ces jours de retraite méditative. J’avais déjà une expérience des retraites en silence et solitude. Et là, aucune distraction, aucune lecture, seule la quête, totalement et rien d’autre !
Le premier jour, se passa assez joyeusement. Le deuxième vit des tensions se révéler mais la foi m’habitait et je dormis assez peu, comme si la conscience demeurait dans une vigilance tranquille. La troisième journée fut délicate, je dus faire des efforts pour demeurer tranquille. Le corps voulait bouger, le mental partait par moments dans tous les sens. Le soir, je fus pris d’un ras-le-bol extrême. Une tension intense se manifesta en moi. J’avais envie de tout arrêter. A quoi bon s’imposer cela : demeurer assis, en tailleur, à genoux, sur une chaise, en tailleur, à genoux, sur la chaise… de 5 h du matin à 11h du soir. Quelques fruits secs pour la petite pause repas. Le mental commença à se révolter. Les doutes commencèrent à m’envahir de plus en plus à mesure que le temps passait. « Pourquoi je faisais cela ? ».Toute la nuit, la tension fut extrême entre arrêter et continuer. Je n’étais plus qu’une immense tension. Puis, quelque chose craqua en moi brusquement. L’ego n’en pouvait plus. Je compris que cela me dépassait. Le choix d’arrêter se présenta, mais je ne voulais pas. Une autre partie de moi était en attente. Je me suis retrouvé anéanti devant le « projet » complétement fou que j’avais envisagé. Il apparut alors à ma conscience, quelque chose d’essentiel Alors il y a eu un grand lâcher-prise, je m’abandonnai, je cessai tout effort… J’avais fait tant d’efforts.
Une décision s’imposa : je continuais, mais différemment ! C’est-à-dire que maintenant je n’avais plus aucune attente. Peu importe ce qui adviendrait ou pas. Ma demande, mon appel était sincère, totalement sincère, je voulais juste savoir réellement, mais je compris que cela ne m’appartenait pas, que c’était complétement au-delà de mes forces. Je lâchai prise complétement, oui vraiment, et m’abandonnai totalement. Peu m’importait la suite. J’étais allé au bout de mes forces dans une tension extrême. Je décidai de continuer sans la moindre attente, juste pour dire à la Vie, à l’Univers, à Dieu : « j’aspire à savoir, mais si je ne sais pas, je l’accepte sans plainte ni insatisfaction ». Rien d’autre n’était en ma conscience que cet abandon, cette reddition, cette soumission totale et complète. J’étais même prêt à mourir, prêt à tout et à rien. Et je dormis quelques heures.
Et là, sans m’y attendre, brusquement, une porte s’est ouverte. C’est arrivé dans un état de total relâchement ; c’est ainsi que cela arrive. Au moment où la tension de la recherche s’arrête, où je ne me suis attendu à rien, où tout en moi a cédé, cela s’est produit. Au plus profond du rien, une lumière s’alluma et en quelques secondes cette lumière emplit toute ma conscience. Sans que je m’y attende, pendant toute la matinée, dans le silence de la méditation, je sentis ma conscience basculer dans un espace totalement autre.
Ce que je cherchais, sans le savoir, depuis des années arriva. Une nouvelle conscience se manifesta. Elle venait de nulle part et de partout… Ce fut comme une explosion. Elle n’était que joie et lumière… Elle était tout. Alors la vérité se révéla : Une, joyeuse, lumineuse, éternelle et tout amour. Cela arriva sublimement. Ce fut merveilleux, cela se révéla aux yeux, aux oreilles, à l’esprit, au coeur : derrière tous les phénomènes de notre monde existe un autre plan de conscience absolu et total, qui contient tout, illumine tout, et se trouve hors du temps. Le plus surprenant, si je peux dire, c’est que Cela apparut comme quelque chose de déjà connu, mais qui avait été simplement oublié. Ce plan de conscience n’était pas nouveau, je le retrouvais, il m’était familier, « je » venais de là, c’était mon Origine, ma source, ma réalité. C’est seulement l’enfermement dans la coquille égotique qui l’avait fait oublier. Alors beaucoup de choses sont revenus instantanément à la conscience. Car c’était déjà dans la conscience, ça avait toujours été là. Et là, cela se dévoila dans une perception globale et intemporelle, mais auparavant c’était caché, voilé…pendant les quelques dizaines d’années de vie sur la terre. »