Extrait Pascal Hastir

Pascal Hastir

photo-profil-pascal-hastir

Extrait du livre TEMOIGNAGES CONTEMPORAINS SUR L’EVEIL:

« J’ai donc décidé de relire ’’Le Pouvoir du Moment Présent’’, mais cette fois ma lecture ne se faisait pas à partir de ma tête, mais d’un endroit que j’apparentais plus au cœur (pas forcement le cœur physique, mais quelque chose qui s’en rapproche).
Alors que je lisais le chapitre consacré au temps psychologique, j’ai été touché par une phrase dont je ne me souviens plus exactement mais elle parlait de la notion d’éternel instant présent. Cette phrase a agi comme un Koan (un Koan est une phrase zen qui a pour objectif de confondre et arrêter le mental), je ne pouvais concevoir un lien entre éternité et instant présent. Ma vision de l’éternité était quelque chose comme ’’long longtemps’’ (comme on dit au Québec), très long, très longtemps, infiniment long et cela semblait l’opposé de l’instant présent que je concevais comme la plus petite durée possible. Je suis resté un moment avec cette apparente contradiction et là un changement s’est produit, j’ai ressenti que quelque chose s’était arrêté. Eckhart Tolle invite ses lecteurs à fermer ses livres plus souvent qu’à les ouvrir (ce qui fait encore un excellent Koan 😉 ). En fait, il nous invite lorsque l’on ressent quelque chose qui bouge ou qui est touché en nous, à fermer le livre et à nous arrêter pour accueillir ce qui est vivant là dans l’instant, plutôt que de continuer la lecture dans l’espoir de lire quelque chose de plus intéressant encore sur la page suivante (ce que j’ai toujours eu tendance à faire). J’ai donc choisi de suivre son conseil et je suis resté avec cette impression d’arrêt. Pour tenter de vous décrire cette impression, c’est un peu comme si j’avais vécu toute ma vie à bord d’un train et que soudainement le train venait de s’arrêter. Je ne me rendais pas compte de cette impression de mouvement et de vitesse perpétuels, car ce mouvement était toujours présent, même pendant la lecture du livre, mais là ce léger stress permanent venait de s’arrêter, un peu comme lorsqu’on est dans la cuisine et que le moteur du frigo s’arrête soudainement de tourner, on ne se rend compte qu’il tournait que lorsqu’il s’arrête.
Tout est donc arrêté, c’est le calme le plus total autour de moi et en moi, je suis simplement assis dans mon lit, étonné par cette paix soudaine et non raisonnable, car aucune circonstance extérieure favorable n’en était la cause. J’ai bien sûr, comme tout le monde, connu des moments agréables d’apaisement causés par une bonne nouvelle : la signature d’un gros contrat par exemple avec à la clé une bonne rentrée d’argent, qui masquait momentanément mon insécurité financière ; la rencontre d’une nouvelle compagne et la promesse de jours meilleurs. Ce genre d’apaisement circonstanciel ne durait malheureusement pas, mais était bien sûr apprécié et participait à la course sans fin qui consiste à créer ou à rechercher des circonstances favorables.
Cette fois, une paix m’habitait, mais sans raison apparente. Il n’y avait plus de préoccupation, de stress, d’anxiété d’aucune sorte et aussi beaucoup moins de pensées, un genre d’état contemplatif et de béatitude.
Je me souviens avoir observé l’aiguille des secondes de l’horloge sur le mur en face de moi dans la chambre. Elle semblait toujours pointer sur cet éternel instant présent à l’intérieur duquel la vie se produit, un peu à la façon de ces horloges qui ont, à la place de chaque chiffre, le mot NOW.
Je regardais le mouvement de l’aiguille, mais je ne sentais plus la sensation du temps qui passe. Un changement de paradigme complet avait eu lieu, je n’avançais plus au fil du temps dans la vie, mais la vie se déroulait éternellement ici et maintenant en moi.
Cet état de grâce a duré presque trois semaines, rien ne semblait pouvoir perturber cette paix intérieure. Je travaillais encore à cette époque dans le domaine de la publicité et du marketing, un métier dans lequel tout doit être fait pour hier et où les sources de frustration sont presque quotidiennes, des clients exigeants, des erreurs d’impression qui coûtent cher etc. Malgré cela, un sentiment de paix profond persistait, et la possibilité d’accueillir toutes les circonstances était réelle, autant pour les circonstances extérieures que pour les circonstances intérieures comme les pensées ou les émotions. Tout était parfait. Cela étant dit, au bout de trois semaines, la partie de moi qui était habituée à maîtriser les circonstances a repris le dessus progressivement. Et la grâce nouvelle et encore fragile qui m’avait été offerte de pouvoir vivre chaque instant en paix a petit à petit été de nouveau enfouie en arrière-plan.
Cependant quelque chose avait radicalement changé, je savais, pour l’avoir vécu, que ce n’était pas une utopie, mais bien la réalité, la vérité qui était maintenant momentanément cachée par un conditionnement. J’ai saisi pendant ces trois semaines que tout ce que j’avais cherché durant toutes ces années se trouvait ici et maintenant et que je n’avais plus à chercher ailleurs. Je savais que j’allais consacrer ma vie à cela. J’ai donc commencé à utiliser les pratiques que j’avais apprises dans les nombreux stages auxquels j’avais participé mais que je n’avais jamais vraiment mises en pratique dans mon quotidien, car la motivation et la foi que cela pourrait m’aider me manquaient. J’en ai créé d’autres qui correspondaient à mes besoins ou à mes difficultés. J’ai découvert que je pouvais, par la pratique quotidienne de ces outils très simples, développer cette aptitude à mettre et à maintenir mon attention dans l’instant présent. Ce fameux instant présent à l’intérieur duquel la vie se produit telle qu’elle est. »