Extrait Michaël Szyper

Michaël Szyper

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Extrait du livre téléchargeable TEMOIGNAGES CONTEMPORAINS SUR L’EVEIL:

« Au cours de ma 27ème année, lors d’un après-midi, tranquillement assis sur mon zafu dans mon appartement à Bruxelles, je sens que le centre de gravité de l’âme se délaisse du simple fait d’Être silencieux, de l’essence omniprésente de la Conscience formant tout ce qui est, et glisse sans effort, comme une lettre à la poste, dans sa source non-manifestée, au cœur du Mystère, en un mouvement aussi léger que celui du crépuscule laissant place à la nuit. Je me rends compte alors que la seule chose qui se soit passé entre l’ouverture au cœur de la Vie que j’ai vécu de façon brutale à 4-5 ans et ce moment-ci, est que j’ai cessé d’y résister. La résistance, liée au désir d’être et d’expérimenter, et au choc d’avoir tout perdu, m’a quitté. Au lieu de vivre cette ouverture comme une perte, dans la peur et la tristesse comme je l’ai vécu enfant, elle m’apparaît maintenant comme une évidence faisant partie de la nature de la Réalité.
Dans le courant de ma 28ème année, l’ouverture se poursuit à plusieurs niveaux.
Au niveau du cœur, je sens un abandon du cœur sans fond ni condition à la Vie telle qu’elle est. Ce qui me tient à cœur à l’époque m’est d’ailleurs à nouveau enlevé, mais cette fois dans ma vie extérieure : ma fiancée me quitte et un poste auquel j’aspirais avec joie ne m’est pas accordé. Profondément, je sens que c’est juste, car ils ne correspondent plus à ce que je suis, et tout espoir ou souhait lié à la manifestation me retiendrait face à l’absorption dans la source de la Conscience qui m’habite. Je le vis pourtant le cœur sensible et vulnérable. Tout besoin personnel de partager à propos de l’éveil me quitte également.
Au niveau de la nature de la Conscience Infinie, l’ouverture à l’Absolu, à sa source non-manifesté, me reconnecte à son potentiel infini d’amour et à son élan de manifestation. Alors qu’enfant, j’ai vécu avec terreur le fait que l’univers manifesté intérieur et extérieur se résorbe dans la source de la Conscience comme dans un trou noir, j’expérimente maintenant un mouvement inverse, le mouvement de manifestation de la Conscience à partir de son potentiel infini, cet élan infini d’amour et de joie de la Conscience à se manifester et à s’expérimenter. Du vide non-manifesté primordial, empli du potentiel infini de la Conscience, l’univers jaillit et nous voilà ici, environ 13,8 milliards d’années plus tard, poussières de temps dans la Conscience Infinie se manifestant en tant que nous, que ce moment présent tel qu’il est. Vertige et merveille. Sans séparation. Absolu au cœur du relatif, relatif au cœur de l’Absolu.
Après quelques mois, le centre de gravité de l’âme délaisse l’Absolu et se fond à la Conscience Infinie qui est tout ce qui est, depuis sa source non-manifestée à sa manifestation du moment tel qu’il est. Tout est Elle. L’Absolu n’est pas un refuge ni un port auquel il s’agit de se tenir à quai. Il n’y a pas de refuge. Nulle part où aller qui ne soit Cela. Rien à protéger. Nulle part où se poser. Tout est la Conscience Infinie de sa source non manifestée ou Absolue, à son essence manifestée omniprésente de pure être-conscience-silence, à la lumière-amour inconditionnel auquel aucun cœur ne peut résister, à sa déclinaison dans les plans subtils jusqu’à sa dimension physique. Tout est Cela. Tout a un goût unique. Le goût de la Conscience. Boire du thé, est Cela goûtant le thé. La joie est Cela avec une saveur de joie et la peine Cela avec une saveur de peine. La frustration et le chaos dans nos vies sont Cela tout autant que le plus profond des silences.
Au niveau du mental et du moi, du fait que le centre de gravité de l’âme ait basculé à la source de la Conscience, je passe par une libération radicale vis-à-vis du mental, de la conscience dans lequel il apparaît et de l’identification-racine au moi. Il est clair que tout ce qui est perçu ou qui perçoit est projection de l’esprit, y compris cette réalisation-même, et que rien ne peut me séparer de ce que je suis, car tout est Cela. Ainsi, je n’ai pas besoin de m’en souvenir, d’y penser ni d’y mettre mon attention. Je ne suis défini par aucune expérience apparaissant à la conscience et pourtant tout état et expérience font aussi partie de ce que je suis. Aucune expérience humaine ou divine ne peut m’y arracher, même la pire douleur, car tout ce que je peux expérimenter, tout ce que la Conscience peut expérimenter dans l’infini des possibles n’est autre qu’Elle-même. C’est toujours Cela avec le goût de la douleur ou de la peine, du silence ou de la joie. C’est toujours Cela.
Au niveau de l’âme, sa pure présence qui semblait avoir disparu lors de la rupture de l’identification à la forme, réapparait, pleine de cette individualisation essentielle de la Conscience Infinie qu’elle porte. C’est cette âme que je suis qui s’est réveillée à la Conscience Infinie qu’elle est, et qui finalement a pris conscience d’elle-même et a retrouvé sa place dans mon cœur. »